"le vent nous emportera" 2011


Installation pour les rencontres des arts de mers-sur-indre. juillet 2011
vidéo (7'), impressions numériques textes et photographies, pigment sur papier chinois (2 x 1m x 2m)

 


Mur pour s’évader, mur pour écrire, murs sans toi(t)
Ode à tous les captifs : des ciels.

Ma tombe, après la fermeture du cimetière, prend la forme d’une barque tenant bien la mer. Il n’y a personne dans cette barquesi ce n’est par instants, à travers les jalousies de la nuit, une femme aux bras levés, sorte de figure de proue à mon rêve qui tient le ciel. Ailleurs, dans une cour de ferme probablement, une femme jongle avec plusieurs boules de bleu de lessive, qui brûlent en l’air comme des ongles. Les ancres des sourcils des femmes, voilà où vous voulez en venir. Le jour n’a été qu’une longue fête sur la mer. Que la grange monte ou descende, c’est l’affaire d’un saut dans la campagne. A la rigueur, s’il pleut, l’attente sera supportable dans cette maison sans toit vers laquelle nous nous dirigeons et qui est faite d’oiseaux multiformes et de grains ailés. La palissade qui l’entoure, loin de me distraire de ma rêverie, joint mal du côté de la mer, du côté du spectacle sentimental, la mer qui s’éloigne comme deux sœurs de charité.
Ceci est l’histoire de la seconde sœur, de la boule bleue et d’une comparse qui apparaîtra toujours assez tôt. Sur la barque molle du cimetière s’ouvrent lentement des fleurs, des étoiles. Une voix dit : « êtes-vous prêts ? » et la barque s’élève sans bruit. Elle glisse à faible hauteur au-dessus des terres labourées, dont la chanson ne vous importe plus, mais qui est très ancienne et s’enroule autour des châteaux forts. La barque dissipe les brouillards les brouillards dont les chavaux blancs regagnents seuls l’écurie dans la ferme tendue de nuit qui est toute l’attention dont on est incapable. Une plante rouge descend d’un côté de la barque, comme une immense crinière de feu. L’équipage invisible malmène fort les papillons attardés et lorsque l’ascension des lumières au coulant des branches, comme on pend dans les bois, vient briser les cailloux sur la route, seul un cantonnier qui passe pour fou se souvient d’avoir ramassé en levant la main un collier de diamants plus lourd que les plus lourdes chaînes. Cette barque où s’épuisent les satisfactions du jour, pour qui sait voir, est maintenant pareille à une traîne toute blanche parce qu’elle passe au dessus d’un pont tordu par le vent. Traîne de poussière et de sable, les oiseaux te mordent et tu te détaches parfois pour découvrir un visage douloureusement beau, inoubliable comme les fonds de vase. Est-il vrai que les jours d’orage tu te crispes dans la tourmente élégante des feuilles, au point de me ravir le meilleur de moi-même ? la barque muette et longue comme l’oubli use l’air en faussant ses souffles et nous ne nous en apercevons pas.
Jamais le feu ne s’est écarté de ce bord équivoque pour ensorceler les bagues de couleur. La quête de la mer se poursuit parmi les vagues d’encens. Si la volonté des hommes se fait alors, c’est bien par surprise, je vous le jure, et les rochers les plus hauts n’y sont pour rien. La course aux étoiles s’accidente. La boule bleue a fait place à un anneau de même nature qui encercle toutes les femmes à la hauteur de la ceinture et les fait pâlir malheureusement. La barque oblique alors le long du courant insoupçonnable qui résulte de ces regards convergents de la nuit. La fantaisie passe sur les clochers, menottes aux poignets, fuyant pourtant la raison et la folie. Et l’homme que je suis efface jusqu’au plus humble souvenir de ses stations sur les nattes de la terre. Pour vivre encore de près, selon la musique des tables, près d’une compagne très belle qui tend la corde du pardon."
andré breton texte 14 du poisson soluble. 1924
 


Un texte qui me colle à l’âme et qui pourrait facilement prendre mers-sur-indre pour cadre.
Une rencontre poétique qui m’a invitée dans le cœur tourmenté d’une artiste perse qui lui est contemporaine.
Deux poètes : un homme, une femme.
Tous deux rêvent l’évasion, tous deux prisonniers d'une réalité.
Correspondance troublante et révélatrice des vers de forough farrokhzad avec le texte 14 du poisson soluble d’andré breton.
Et puis ayvalik et l’île de cunda, petite station balnéaire turque qui fait face à lesbos. C’est sur les rivages de lesbos, à méthymnée, précisément à portée de vue de cunda, que la tête d’orphée viendra s’échouer. cunda d’où j’ai rapporté quelques images faites dans une école abandonnée.
Ayvalik, c’est l’histoire pleine de nostalgies et d’amertumes de ces territoires que la grèce et la turquie se sont disputés en chassant alternativement les populations qui y vivaient. Aujourd’hui, les turcs y vivent dans les maisons abandonnées par les grecs chassés de là où ils se croyaient chez eux. Les grecs reviennent petit à petit pour investir dans l’immobilier à des fins touristiques : les murs de l’outrage deviennent marché juteux…
et puis apparaît encore,  zénobie, reine de palmyre dont la légende fait douloureusement contre point au sort du peuple syrien aujourd’hui.
1re femme libératrice du peuple arabe dans ce qui est aujourd’hui la syrie.
Pièce de mansour rahbano : « je suis le premier cri de liberté de cette terre arabe, je suis celle qui a dit non aux tyrans, j’ai consacré mon sang pour la liberté."
Vaincue par aurélien elle perd son trône pour finir ses jours dans une prison dorée.

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